mardi 4 janvier 2011

Oleanna (Théâtre)

Pour tous ceux qui n'auraient pas le temps de lire l'article dans le nouveau Vent d'OC, voici l'interview faite avec Patrick Roldez (metteur en scène)de la pièce Oleanna Cie l'Eau qui dort
Rendez-vous le :
Mardi 11 Janvier
21H - Espace Jéliote - Oloron


Thia : Deux acteurs sont présents sur scène : David Seigneur qui incarne le professeur et Marie Thomas qui joue Carol. Cette dernière est déjà venue à Oloron...
Patrick Roldez :
Marie était venue avec le Théâtre de la Passerelle de Michel Bruzat dans la pièce "La pluie d'été" de Marguerite DURAS.

Thia : Pourquoi avoir choisi cette pièce de David Mamet ?
Patrick Roldez :
La première lecture que j'ai faite de ce texte remonte à 15 ans. C'est de loin la pièce de Mamet que je préfère. Elle recèle une force assez incroyable et son propos est d'une grande actualité.

Thia : "Oleanna" a déjà été joué en 1994 par Charlotte Gainsbourg et Maurice Bénichou. Quels éléments nouveaux viennent ponctuer votre mise en scène?
Patrick Roldez :
La pièce à ce moment-là était peut-être encore trop "américaine" ; les dérives dont elle traite sont aujourd'hui devenues universelles et ne me paraissent plus seulement l'apanage des Etats-Unis.

Thia : Cette pièce narrative qui se déroule en 3 actes plonge le spectateur dans une intrigue plus que particulière...
Patrick Roldez :
Après les premiers partiels de l'année universitaire, Carol est venue, semble-t-il, discuter une mauvaise note qui pourrait compromettre son passage en année supérieure. On croit alors assister à un énième huis clos entre deux êtres que tout sépare : le Maître, à qui tout réussit, et l'élève en difficulté.
Et l'on s'attend, au mieux, à un double apprentissage, au pire, à un soap opéra. L'enseignant va-t-il changer l'étudiante, vont-ils relativiser leurs soucis et se réconcilier...
Mais ce serait sans compter sur le sens du scénario de Mamet... Je ne vous livre pas la suite il faudra venir assister à Oleanna !

Thia : Quels sentiments Mamet donne-t-il à voir ici ?
Patrick Roldez :
Oleanna questionne la difficulté à transcender les classes sociales, à libérer des faibles qui "réclament des fers", à remettre en cause les fondements de l'ordre établi. Elle interroge les contradictions mêmes de ceux qui pourraient s'y employer : John est à la fois subversif et embourgeoisé, relativisant le savoir mais installé sur son trône culturel.

Thia : Est-ce que le spectateur sort indemne de cette pièce ?
Patrick Roldez :
Il est, c'est vrai, tiraillé tout au long de ce huis clos. Le spectateur épouse les méandres des personnages et la réception théâtrale peut se faire au delà de tout manichéisme.

Thia : Visuellement quel travail avez-vous réalisé sur scène ?
Patrick Roldez :
J'ai voulu une scénographie épurée : un espace blanc est disposé au sol sur lequel repose un bureau disproportionné. Cette pièce parle à tous, quel que soit le "passé théâtral, culturel" du spectateur. Parce qu'elle traite du rapport à l'autre, en particulier du rapport hiérarchique, et que chacun peut s'y retrouver. Nous avons joué Oleanna dans des lieux très différents, de la salle des fêtes en milieu rural au Théâtre du Lucernaire à Paris, en passant par le Festival de Sarlat, par exemple, et le ressenti est toujours le même, où que l'on soit, qui que l'on soit.

Oleanna est incontestablement d'une puissance étonnante, qui ne cesse d'interroger bien longtemps après la représentation. Jubilatoire pour l'esprit, éprouvante pour les sens, elle est une expérience marquante. Une invitation, aussi, à regarder le monde autrement et à se garder de certains qui voudraient nous imposer leur vision...

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